En 2019, selon le STATEC, plus de 4.300 logements et 1.800 bâtiments (résidentiels ou non) ont fait l’objet d’une autorisation de construire au Luxembourg. En amont de ces autorisations qui représentent la fin de la chaîne de planification d’un quartier, les réflexions sont entamées plusieurs années auparavant.

Depuis plus de 30 ans, L.S.C. Engineering Group accompagne les différents acteurs (maîtres d’ouvrage, administrations) dans la planification des quartiers et des villes de demain. Myriam Hengesch et Caroline Drouard, du département Urbanisme et Aménagement du territoire, répondent à nos questions.

Quels sont les défis rencontrés par les urbanistes dans la conception des quartiers et des villes de demain au Luxembourg ?

MH : Tous les jours, les thématiques de logement, de mobilité et d’environnement sont abordées par les médias, les politiques ou les citoyens, preuve de l’intérêt de chacun pour son cadre de vie. Le défi de l’urbaniste est de pouvoir répondre à ces attentes de manière durable.

CD : Le rôle de l’urbaniste est de combiner les aspects réglementaires toujours plus complexes, tout en défendant le projet. Mais cette combinaison d’aspects techniques doit aussi permettre d’assurer une qualité de vie pour les futurs utilisateurs.

Quels sont les nouveaux concepts pris en compte ?

MH : Une attention particulière est accordée à la conception et la mise en valeur de l’espace public qui doit privilégier la mobilité douce et l’accessibilité, et dont l’aménagement doit être adapté à l’usage.

L’évolution de la taille et de la composition des ménages doit amener à la double réflexion autour des terrains abordables et des habitations flexibles et adaptables.

CD : Une autre réflexion est à développer sur les déblais liés à l’aménagement de sous-sols pour les parkings. D’abord, afin de se conformer aux prescriptions du PAG, des solutions de regroupement dans des Parkhaus aux entrées des quartiers peuvent être développées.

Ensuite, cette problématique est aussi liée à des questions de mobilité : pour réduire le nombre de parkings et par conséquent, le nombre de voitures, il faut réfléchir d’autres formes de mobilité (carsharing…).

Quels aspects sont encore à intégrer dans la réflexion ?

MH : Un aspect qui me tient à cœur est celui de la santé dans la planification. On parle des espaces verts mais la ville de demain doit aussi promouvoir une bonne santé mentale et physique par une conception urbaine durable. Des mesures raisonnables et significatives peuvent être intégrées dans les projets dès le départ.

CD : Le transport actif est l’une des plus grandes opportunités, en améliorant les itinéraires sécurisés pour la marche, le vélo et les transports publics, et en réduisant la vitesse des véhicules.

MH : L’interaction sociale a un impact positif sur notre confiance en nous et notre empathie. L’appartenance à une communauté peut atténuer les sentiments de solitude. Chacun veut se sentir en sécurité et ce sentiment dans le quotidien est une contribution importante à la santé mentale et au bien-être. Des lieux prosociaux et sûrs doivent être créés.

CD : La conception urbaine doit donc inclure la lecture de l’espace, intégrer des repères clairs et éviter les espaces résiduels qui ne montrent pas s’ils sont publics ou privés.

MH : Il faut donc aller au-delà des critères d’écoquartier.

Quelles sont les attentes par rapport à un urbaniste dans la planification et la construction de nos villes de demain ?

CD : L’urbaniste doit garder une vue d’ensemble du projet. C’est à lui que revient de formaliser et de traduire le fil rouge du projet du début à la fin.

MH : L’urbaniste a un rôle de médiateur : il doit être le garant pour mettre tous les acteurs de l’élaboration d’un projet autour d’une table. Il est donc impératif qu’il sache respecter et écouter l’ensemble des acteurs et les expertises de chaque corps de métier. Je pense qu’il doit également garantir une bonne communication, ouverte et transparente.